• Véronique Lanonne

DÉPRESSION

Sournoisement, insidieusement elle est entrée dans ma vie. J’avais laissé la porte ouverte en me disant que j’étais bien au-delà de tout ça. Que jamais rien, ni personne, ne pourrait me faire douter de moi, de la conscience qui m’anime et de ma foi en l’humanité. Tout faux Véro. Tu peux méditer autant que tu veux. Faire de la pensée positive ton leitmotiv, bouffer des racines et boire des tisanes au gingembre, voir des papillons voler quand le mec qu’est à côté de toi pète c’est nier la persistance de l’odeur. Et ça pue sec, croyez-moi ! Ça sent le cadavre.


Je ne l’ai pas vu venir. La traitre. Elle m’a prise, par surprise. Un clac. Je suis à terre. Je comprends plus ce qui m’arrive. Je me demande ce que je fous là, dans un monde à l’agonie, gouverné par la peur. Deuxième clac quand je me rends compte qu’on nous bourre le crâne de vérités et contre-vérités. Troisième clac quand mon voisin me débine aux autorités. Enfin, vous voyez ce que je veux dire, je ne vous fais pas un dessin. Baffe sur baffe. Vague après vague. « BFM » après « le Monde », ils m’ont tout pris. Ma foi, mon envie, mon foutu bonheur et ma spiritualité de bazar. Mon fric aussi, mais ça, on s’en fout vu que personne n’en a plus. Enfin, là je parle des petites gens. De la chair pour leurs gros canons, nous, les vaches à lait. Plus un rond et l’espoir qui s’amenuise. Mais vu qu’on nous sauve, je ne dis rien et je subis.


Je tombe, en silence. Je me couche. Black-out. L’instinct de survie se réduit au maximum. J’ai plus d’air mais je m’en fous. Je me fous de tout. Ils nous balancent l’espoir en piquouze et même là, je ne réagis pas. J’écris plus. Je me perds dans ma noirceur, dans mes doutes et dans ma peur. Je baigne dans un océan d’emmerdements et je flotte toujours mais jusqu’à quand ? J’attends le Messie mais y vient pas. Le con, il a compris que c’était trop tard. Donc, me voilà seule. Face à l’immensité de l’indifférence, de l’obéissance. Je regarde la violence éclater du coin de l’œil et ma foi disparaît. Avec elle, le reste. Je ne veux plus comprendre, je veux que ça s’arrête. Quitter mon corps. Encore. Et ne pas remettre les pieds sur terre de si tôt.


Ce n’est pas l’instinct de survie qui m’a sauvée. C’est vous. Enfin nous. Je ne suis pas seule à vivre ça. Pas seule à ressentir, à subir. Pas la seule à croire que l’amour reste la seule option. Quand l’amour revient au centre le reste disparaît. Ils peuvent me prendre tout ce que j’ai, je n’ai plus grand-chose. Mais l’amour ça… Qu’ils essaient…



Véronique Lanonne @2021

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