• Véronique Lanonne

KIZOMBA

Sueur, envoûtement. Rythmique latine. Les regards se croisent, se happent. Les corps fusionnent. Du bar, elle observe la piste. Un homme au corps d’ébène ne la quitte pas des yeux. Il est sculptural. Il danse avec une femme superbe, et, pourtant, c’est elle qu’il regarde. La musique s’arrête. S’arrachant de l’étreinte avec la divine créature il se dirige vers le bar. Sans un mot, il l’invite en lui tendant la main et l’entraîne au milieu des danseurs. Elle ne connait pas la Kizomba mais se laisse guider. Petit à petit ses pas s’accordent à ceux de son partenaire. Lascivement les balancements se synchronisent. Ils sont proches. Trop proches. La main de l’homme, au creux de ses reins, se fait plus ferme. Elle esquive, se dérobe et s’enfuie vers le bar. L’homme sur ses pas. Elle commande une Margarita. Le liquide glacé décore ses lèvres de sucre et de citron.


Elle saisit une serviette en papier, et, d’un geste équivoque, s’essuie la commissure des lèvres sans le quitter du regard. Puis, gracieusement, passe la main dans ses cheveux longs. Il titube. Bégaie. Perdant de sa superbe. Elle le sait et s’en amuse. Elle a toujours aimé jouer, séduire. Elle en a fait un art. Mais elle est tombée sur un os. Cet homme face à elle, a plus du guépard que des éléphants auxquels elle est habituée. Un Tarzan pur malt. Un défi à sa hauteur. Elle a failli défaillir dans ses bras lors de leur étreinte latine. Sentir son torse bombé, ses muscles saillants, a éveillé en elle plus qu’un frisson. La tension est palpable. Se dérobant à son étreinte, elle avait espéré reprendre la main. Il n’en est rien. Tout en lui l’appelle. Elle fuit son regard pour ne pas se dévoiler. Elle sent monter, au creux de son ventre, l’envie irrésistible de coller son corps au sien. Elle doit calmer le jeu. Ne pas brûler les étapes. L’amour est un art noble. Du bout des doigts, elle effleure sa cuisse en lui proposant un verre. Il accepte. Elle sent qu’à tout moment il pourrait bondir. Le frémissement est perceptible. L’étincelle qui allume le brasier et l’ardente nuit, pleine de promesses, l’enivre. N’y tenant plus, elle lui prend son verre des mains et l’entraîne sur la piste. Ils sont à bout de souffle. L’ivresse de l’attente. La séduction atteint des sommets. Elle hésite. Le danger est latent. Elle sent l’étreinte se resserrer. Il lui parle, elle sent son souffle dans son cou. Et dans un soupir elle répond : « Jane… Je m’appelle Jane » elle s’éloigne alors de lui et s’échappe à nouveau.


L’exotisme des rythmes angolais de Kizomba la ravisse. Curieuse, elle regarde son beau Tarzan se déhancher en cadence. Elle ne connait pas cet homme et a une furieuse envie d’en savoir plus. Qui est ce guerrier au regard envoûtant ? Le corps trompe et le désir s’immisce. Elle prend le verre qu’Adonis lui tend, frôlant délicieusement sa peau. Elle n’ose plus parler de peur de briser la magie. Lui, la regarde, ses yeux questionnent. Il n’y aura pas de réponse ce soir. Tous deux le savent. Ils l’acceptent. Seul compte l’instant. Ce qu’ils partagent cette nuit est bien au-delà des mots. Demain qui sait. Demain peut-être. Les questions fuseront. Mais ils auront déjà volé à la nuit son mystère. La lune s’élève tout entière dardant de feux éclatants deux âmes connectées. Il lui prend la main et l’entraîne loin de la piste. Ils marchent sur la plage, collés l’un à l’autre. La musique, au loin, résonne encore mais ils n’entendent plus rien. L’unisson les attend.


Véronique Lanonne

@2020


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