• Véronique Lanonne

L'ELEPHANT

J’ai volé un éléphant. Tout blanc. Assis sur son séant. La trompe dressée. Une porcelaine oubliée dans un carton. Il m’accompagne partout. Une mascotte, un animal totem, mon protecteur. Enfin, récemment il a changé de statut. Il ne peut plus me protéger. Ni lui ni les docteurs aux masques verts. Je suis radioactive. Ils parlent de migration. Propagation. Je ne les écoute plus. Tout ce que je veux savoir c’est combien de temps. Les réponses varient et j’ai droit à des fourchettes mais en fait ils n’en savent rien.


Au tout début je les ai cru. Les compétents. Les semi-Dieux. J’écoutais leurs alternatives, leurs solutions. Une chirurgie-une chimio-des rayons. On enraye c’est la guerre ! J’avais du courage à revendre à l’époque. J’avais la force. Je les ai laissé enlever un morceau de moi. Pas le pire. C’était le prix à payer. J’étais l’amazone conquérante. Prête à l’affronter. Mais ça, ça c’était avant. Avant que le remède ne bousille mes neurones. Avant que le Saint Nectar ne vienne à bout de mon courage. Avant qu’il ne détruise ce qu’il restait de sain en mon sein.

Puis il y a eu la déroute. Un « ça ne fonctionne pas ». Un « ça migre ». Un foyer de plus et le mien en moins. L’homme fatigué de supporter ma faiblesse s’en est allé. Puis se sont les amis qui s’enfuient. Le malheur est contagieux. Les rangs s’amenuisent et emportent avec eux la volonté. Les « masques-verts » eux, n’abandonnent pas. On attaque sur tous les fronts. Nouvelle approche qui ressemble à s’y méprendre à la première. Chimio-rayon. La chirurgie on oublie c’est déjà trop tard.

Sans cesse j’entends « bats-toi », j’entends « tu es forte », mais personne ne m’écoute. Je ne veux plus combattre. Je suis si fatiguée. J’ai baissé les bras. Il a gagné. Les semi-Dieux ne savent rien, ils tâtonnent, ils essaient et je suis leur cobaye. Je suis en soin palliatif ce matin. Le couloir de la mort. Un « masque blanc » m’a raconté une histoire. Je l’aime bien son histoire. Ça parle de tunnel, d’énergie et de lumière. Il me dit que rien ne meurt alors que je m’éteins. Je regarde mon éléphant, assis la trompe en l’air. Et si...


Véronique Lanonne ©2019

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