• Véronique Lanonne

LA PURGE

Mis à jour : juil. 1

J’interprète chacun de tes silences. Chacune des phrases que tu me dis selon le ton que tu emploies. Chaque mot, chaque geste est transformé pour coller parfaitement à l’idée que je me fais. Tu me trompes. Tu pourras nier. Prouver. J’aurai toujours un doute. Car JE SAIS.


Mes questions te conduisent dans le trou que j’ai creusé pour toi. Il sera aussi le tombeau de notre amour mais ça pour l’instant je l’ignore. Tu as changé. C’est à peine perceptible et un œil non averti n’y aurait vu que du feu mais je te connais par cœur. Ton sourire de façade ne trompe plus que toi. J’ai fouillé tes poches, piraté tes mails, tes comptes. Je t’ai même suivi. Je n’ai rien trouvé mais tu es intelligent. Tu brouilles les pistes.


Je veux te confondre. Voir ton visage se décomposer. J’aurai gagné. Ce soir c’est le grand soir. J’ai trouvé un mail caché dans tes courriers indésirables. Elodie. C’est son nom. Une collègue de travail qui te demande si votre week-end au Castellet tient toujours. J’enrage d’avoir trouvé mais j’oscille entre la colère et un sentiment de victoire. Tout s’explique enfin.

J’attends que tu rentres les nerfs à vif. A peine la porte passée je te démonte, t’as même pas le temps de poser ta veste. Je dis des choses terribles. Des choses qui ne s’effacent pas. Je contiens ça depuis si longtemps. Tu n’as rien dit. Tu as pris ton sac et tu t‘es enfui.

J’ai appris, quelques temps après, que ta société avait été vendue et que tu faisais partie, comme Elodie et d’autres, de la purge. Vous alliez au Castellet pour manifester. Tu ne m’avais rien dit pour me protéger. Tu m’aimais.


Véronique Lanonne @2019

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