• Véronique Lanonne

LES MORTS

Je les vois depuis toujours. Les morts. D’aussi loin que je m’en souvienne ils ont toujours fait partie de ma vie. Petite, je pensais que tout le monde les voyait. A l’âge de 7 ans j’ai découvert que non. Je jouais avec mon petit frère dans la cour quand ma mère me fit signe de rentrer. Elle me demanda pourquoi je riais tant, je lui expliquais que Sylvain imitait papa et qu’il le faisait très bien. Elle pleura toute la nuit et la journée d’après. Sylvain était mort à la naissance. C’est là que j’ai commencé à avoir peur. Pas d’eux, mais de ma différence. De ce que les gens penseraient si j’en parlais. Alors je me suis tue. Ça n’avait rien d’étrange pour moi. J’étais née avec. Mais après l’expérience « Sylvain », ma mère m’emmena consulter tout un tas de médecin qui me posèrent tout un tas de question. J’avais bien compris qu’il valait mieux me taire. Alors je n’ai rien dit. J’ai commencé à faire comme tout le monde et faire comme s’ils n’existaient pas. Et un jour, ils ont disparu. Pour de bon. Enfin, c’est ce que croyais. A 15 ans je les avais totalement oubliés. Les souvenirs à cet âge sont volatiles. Ancrée dans une vie d’adolescente banale. Oscillant entre joie intense et désespoir profond, un vrai régal pour les hormones. L’effervescence de cette période m’a laissé d’impérissables souvenirs. De ceux qu’on aime à se rappeler et surtout de ceux qu’on préférerait effacer. En 1999 j’avais 20 ans. Le film le 6ème sens faisait un carton au box office. La chanson de Cher « Believe » caracolait en haut de tous les charts. « Crois-tu en la vie après l’amour ?» est une phrase qui m’a suivi longtemps. « Crois-tu en l’amour après la vie » serait bien plus à propos. A cette époque des choses moins ordinaires firent leur apparition dans mon quotidien. Assez pour que je m’en inquiète. Sans le web, difficile de trouver des réponses. La bibliothèque était mon refuge préféré. J’ai lu des tonnes de livres. Les mots pèsent lourds parfois. Beaucoup m’ont empêché de dormir. Les voix dans ma tête non. J’ai consulté un spécialiste pour mes yeux. Je voyais des formes, certaines lumineuses d’autres sombres passer près de moi de temps à autre. Mes yeux allaient bien. Je ne suis pas allée voir un psy. J’avais trop peur qu’il me fasse enfermer. Alors, j’ai continué à lire. Plus je lisais et plus je m’ouvrais. Une nuit, j’ai entendu maman m’appeler, j’ai ouvert les yeux et elle était assise sur le fauteuil près de mon lit. Elle était morte en 1996. Elle était belle, jeune et lumineuse, son sourire irradiait. J’entendis clairement sa voix dans ma tête. « Souviens-toi », un flot d’amour infini se déversa en moi puis elle disparut. Tout est revenu clairement. Une vague scélérate qui emporte tout. Qui rend la réalité illusoire. Si je vois les morts c’est qu’ils ne le sont pas. Enfin pas vraiment. J’ai appris que je n’étais pas la seule et le fait de ne plus se sentir unique a eu un effet salvateur. Je n’étais pas dingue. C’est les « pas morts » qui m’ont tout appris. Certains livres aussi. Peu. Mais il y en a. Moody avait commencé en 70, d’autres ont suivi. Il y a eu Chico Xavier au Brésil et bien qu’il ne soit plus ici son héritage perdure. Ce n’est pas un mouvement, ce n’est pas du New-Age. C’est le Next-Age. L’humain n’est qu’un corps. L’humanité qu’une terre d’hommes. Ce que nous sommes ici aujourd’hui. Mais demain ? Croyez-vous vraiment que la mort existe ? Que tout ce que vous êtes disparait à votre mort ? Et si nous étions bien plus que ça… Et si la mort n’était qu’un changement d’état… Véronique Lanonne ©2019

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